De bon goût…
Ou les petits plaisirs inavouables
La chanson Felicitas, les 1ers épisodes de Barnaby dans la campagne anglaise profonde, le style un peu vulgos d’Audrey Fleurot dans la série HPI, le lait concentré sucré en tube, j’adoooorrrre… Bien sûr ce n’est pas le truc que je raconte en premier quand je rencontre quelqu’un. Mais j’ai appris que partager ses goûts honteux peut sceller une amitié, réchauffer le cœur et bien faire rire de connivence. C’est un plaisir rassurant et réconfortant qui vient de loin, comme un biscuit bien gras ou vraiment trop sucré, on l’aime comme il est même si ce n’est pas tout à fait avouable… Benoist Simmat en a fait un livre, le livre des petits plaisirs coupables, qui ont été rarement théorisés, « ces petites joies sournoises qui nous stimulent d’autant qu’elles se situent à l’exacte inverse de la morale citoyenne, familiale, sentimentale, sexuelle, écologique, etc. » Il fait même un répertoire de verbes « zieuter, bonimenter, fesser, simuler, spoiler, médire, filouter, confesser, fayoter, peloter, pontifier, cracher, allumer, pistonner, se prélasser,, braconner, profiter, flamber, resquiller, taguer, s’absenter, picoler, bousiller, cabotiner, zapper, refourguer, sucer, monopoliser, se faire surclasser, pichenetter, conspirer, chourrer, écornifler, se goinfrer, sextoter, procrastiner, ironiser, siester, saloper, rompre, marchander, contrepéter, provoquer, jalouser, buzzer, buller, minauder, lécher, se cacher, ringardiser, injurier, gratter, dragouiller, siester, pérorer, frimer, effrayer, injurier, musarder, butiner, chahuter… La liste est infinie, elle est tellement humaine ! » Alors, faut-il en avoir honte ? Selon la poétesse Radna Fabias, dans the Groene Amsterdammer, personne ne devrait avoir honte de ce qui lui fait plaisir : « C’est un manque d’indulgence et d’empathie envers soi. Vouloir être ce qu’on n’est pas, c’est faire preuve de dureté laide, infecte. Nous sommes bel et bien cette personne aux multiples facettes, qui peut apprécier Samuel Beckett, mais aussi les fast-foods et les drag-queens. C’est ça qui est beau. Pas cette image lisse et censurée dont on fait étalage. », relaie Marian Donner dans le livre «pisser dans la soupe» sur lequel je reviendrai dans une prochaine newsletter. Et vous, quels sont vos goûts honteux, vos petits plaisirs coupables ?
gravure Chloé Sasias
Aller au salon de Montrouge
Ou comment recharger le puits des ressources
Je vous conseille chaleureusement d’aller au salon de Montrouge où sont exposés 40 artistes de la création contemporaine qui disent chacun leur façon d’habiter le monde. L’art joue avec le vivant, l’art est politique, l’art raconte une vision du monde et montre un autre regard. C’est une rencontre qui vient nourrir notre réflexion, chambouler et émouvoir. Particulièrement, j’ai aimé le travail de Cynthia Montier qui « explore les pratiques rituelles et performatives liées à la mémoire, aux émotions collectives, et aux luttes sociales. Pour le salon de Montrouge, elle invite à franchir un seuil : celui de la chapelle de linges blancs collectés auprès d’amis. Talismans, amulettes, tarots et ex-voto activent les présences, les voix et portent les messages de celles et ceux effacés du récit officiel ». J’ai aussi beaucoup aimé le travail de cire et son jeu video autour de la mémoire d’Abirami, l’humour de 16B Editions, le travail sur le vivant et le silence de Déborah Bourgais… Enfin, ce n’est pas trop parlant de vous faire un résumé de ce que j’ai aimé mais ce que je peux dire, c’est que ce salon a rechargé mes batteries, m’a resourcée au plus profond et m’a fait réfléchir sur notre monde à réparer par l’art. C’est ouvert encore jusqu’au 1er mars et c’est gratuit.
installation « Chapelle de désirs et de linges blancs » de Cynthia Montier
Petite pause créative : se faire masser
Et si se faire masser et se rappeler à son propre corps sensible pouvait aussi recharger notre inspiration ? Il s’agit d’un moment suspendu, une rencontre avec soi, un temps de rencontre avec ces femmes qui m’ont intronisée dans leur cercle. Un temps pour soi où les pensées galopantes retrouvent leur flux naturel. Je vous conseille chaleureusement le salon de massage Thaïlandais Chao Phraya, à Saint-Maur-des-Fossés, découvert grâce à Francine ! Parfois, savoir s’arrêter, un peu, un temps.
Vous donner envie de lire “Les éléments” de John Boyne
John Boyne est, selon Colum McCann (que j’adore aussi) « l’un des plus grands auteurs contemporains ». Ce livre de fiction mêle quatre récits dans une prose limpide qui m’a embarquée. Il ne se passe pas grand-chose, pourtant c’est haletant parce que les personnages se dévoilent au fur et à mesure de l’histoire dans toute leur complexité. On y découvre le poids du secret, de la honte, de la culpabilité et de l’innocence. Les personnages sont vrais, j’ai l’impression de les connaitre maintenant, et je pense que cela sera douloureux d’achever ce livre-fresque contemporaine.
Je vous souhaite une bonne semaine, et n’hésitez pas à me contacter si vous en avez l’envie chloesasias@yahoo.fr





Un léger vent frais et coquin qui vient aérer nos neurones, un petit sourire déculpabilisant dans les cheveux de notre intellect parfois trop lisse...
Merci pour cette lettre qui donne envie 🙂