Apprendre à voir…
Ou regarder autrement
Apprendre à dessiner ne serait-ce pas plutôt apprendre à voir ? C’est-à-dire apprendre à observer, regarder les choses sans préjugés ni idées préconçues, comme une abstraction. On regarderait une chaise et ce qui n’est pas la chaise, soit les espaces négatifs qui sont entre les pieds de la chaise, le contexte, comment la lumière cogne dessus. La métaphore de la chaise est développée par le créateur de Pixar, Ed Catmull, dans son livre « Creativity Inc », que je suis en train de lire. Cela m’a beaucoup fait réfléchir aussi à mes pensées, (plutôt aux pensées qui jonchent mon cerveau), qui peuvent être positives, alors je vois tout par ce prisme, ou négatives et cela fait l’effet d’un filtre noir sur tout. Et si regarder les choses un peu autrement pouvait redonner vie à notre imaginaire intérieur, le tapisser de détails nouveaux, plutôt que de regarder « comme d’habitude ». Quand je suis allée au Portugal, je m’émerveillais de tout là-bas. Parce que je rêvais d’y aller, mais aussi pour l’attrait de la nouveauté, cette culture méconnue de moi-même. Mon regard vagabondait et était excité par toutes ces couleurs, matières et lumière. Alors j’émets le vœu de regarder mon quotidien avec cette fraîcheur de touriste qui découvre un nouveau pays qui serait celui de la familiarité. Je suis entourée de beaux objets et je ne les vois plus et c’est bien malheureux. Alors je vous invite à regarder entre les interstices, dans les coins, les contre formes, à l’envers, la composition de ce qui s’offre à notre regard, pour les voir autrement, les envelopper de tendresse et de chaleur et d’une pensée jeune qui ne serait pas pervertie par nos ressentis fluctuants et trop corrélés à nos émotions qui ne sont pas toujours agréables ou confortables. Faire un pas de côté, mettre un filtre tamisé et chaud, planter une intention de gentillesse dans nos regards sur les choses. Allumer notre regard de lumière, dans une fête simple de tous les jours, faire un pas de côté. Et vous, comment regardez-vous les choses ? Par quel prisme ? Comment sélectionnez vous les informations ?
Œuvre de Pierre Joseph, 2000 vue au Mac Val
Dans les poches de…
Je suis allée au salon du livre jeunesse pour prospecter. J’aimerais en effet proposer des albums ou des jeux pour les enfants. Je suis tombée là-bas sur de belles maisons d’éditions et sur des albums originaux comme celui dont je vais vous parler : Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres d’Isabelle Simler édité aux éditions courtes et longues. J’ai adoré cette idée d’imaginer l’intérieur des poches des personnages de contes mais aussi de personnages issus de l’imaginaire collectif (la p’tite souris, le marchand de sable). Un petit poème nous décrit tous les objets, fragments, débris qui se trouvent dans la poche du personnage et à côté se trouve dessinée la composition aussi énigmatique que poétique de ces objets. À nous de deviner à qui appartiennent les objets de cette poche, même s’il y a un numéro qui renvoie à la réponse en fin de livre. Par rapport à ce que je vous disais plus haut, cette lecture vous propose une relecture de ces objets du quotidien, qui agencés ensemble, prennent une tout autre dimension, et nous font voyager aux confins de nos souvenirs et de notre imagination.
Dans les poches de Peau d’âne
Dans les poches de Peter Pan
Petit exercice créatif : faire de l’abstrait avec du concret, revisiter son intérieur
Regardez autour de vous, dans une pièce, les pans de murs, les décrochements, une perspective intéressante.
Choisissez un cadrage, par exemple l’angle entre deux murs, un bout de plinthe, une ombre.
Faites en une composition abstraite, et mettez y des couleurs, vos couleurs, même si ce n’est pas la réalité de ce que vous voyez.
N’hésitez pas à mettre du chatterton pour marquer les lignes droites, à utiliser du marqueur.
Composez avec l’abstraction, ce mur n’est plus un mur, il est un espace de possible, cet espace est un passage d’une zone à une autre, le vide une respiration
Est-ce que cette manière de regarder ce que vous voyez au quotidien de façon différente, avec un nouveau regard, vous a apporté quelque chose ?
Vous donner envie de lire : Prendre la tangente, lettres à un étudiant d’aujourd’hui, de Céline Curiol
L’autrice, après avoir fait une conférence sur le thème de la dépression, est contactée via Instagram par un jeune étudiant, tout juste sorti d’une grande école prestigieuse, qui ne trouve pas sa place dans le système, est angoissé par l’avenir d’intégrer une vie professionnelle qui ne le fait pas vibrer. J’ai d’abord écouté l’autrice à la radio, et cela m’a rappelé mon passé d’étudiante, et ce grand saut dans la vie active, faite d’injonctions et de compétition sur fond de crise et de chômage. J’imagine que cela doit être encore plus ardu pour les étudiants d’aujourd’hui, où même l’avenir est remis en question… Mais ce livre ne s’adresse pas qu’aux étudiants. Il nous invite à réinterroger notre place dans notre vie et dans le monde, à faire un pas de côté, à prendre la tangente, et ce régulièrement, comme une hygiène de vie pour retrouver la possibilité. Qu’est-ce que réussir, sur quels critères ? Ce tout petit livre regroupe des lettres, à la façon de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke qui s’adressent à cet étudiant et livrent des pistes et réflexions de vie en questionnant les doutes et les choix et sont des invitations à prendre le risque d’être soi-même. « Si tu n’as plus d’envies, abruti par la réification éperdue et la standardisation du divers, recommence par ici : lève la tête, regarde loin et marche d’un bon pas à l’aventure… Laisse tes sens t’imprégner de ce qui t’entoure afin d’y retrouver des passages, des motifs et des impromptus. Laisse ton corps s’installer à l’endroit même où tu te trouves afin que te deviennent perceptibles les premiers battements d’une intrigue par laquelle il te suffira de te laisser entrainer ». (…) « Ce monde, qui s’offre à nous dans la nudité de sa complexité et que nous plaçons sous le joug des langages dont nous le saturons, ne requiert parfois, pour se repeupler, que nos désirs et émerveillements. Et c’est par l’admiration que nous devons creuser les sillons qui nous mèneront vers sa redécouverte ». (…) « Sans cette curiosité -sans ce don de l’attention-, qui se tend vers l’extérieur, telle la langue puis la main du petit enfant partant à l’assaut du rugueux ou du creux, la réalité nous demeure aussi monotone et monochrome que la surface d’un mur ». (…) « Car ce sont nos fragilités qui sommeillent au cœur de nos certitudes ». Aujourd’hui dans ce monde optimisé, la parole de l’autrice est précieuse pour creuser son propre sillon, avec curiosité et le doute comme outil.
La période de fin d’année est chargée, pas toujours dans le bon sens malheureusement, mais je vous souhaite de bons moments de lecture, de curiosité, de connexion !
N’hésitez pas à m’écrire à chloesasias@yahoo.fr






Ce dont j’avais besoin de lire aujourd’hui. Un texte qui résonne avec mes émotions du moment, de belles et uniques découvertes et beaucoup d’inspiration ! Merci beaucoup.
Excellente new letter, focale de vue intéressante ! Encore merci Chloé pour ce texte inspirant et ces trouvailles singulières.